rasoamanarivo

Lorsqu’elle naît en 1848, le royaume de Madagascar est en proie à une violente persécution contre les chrétiens. En 1820, pendant le règne du roi Radama I, les premiers missionnaires protestants anglais ont obtenu la permission d’entrer dans la grande île. A la mort de Radama I, en 1828, son épouse Ranavalona I lui succède sur le trône. La nouvelle reine reprend le culte des idoles et se laisse aider dans le gouvernement du royaume par des responsables de la religion traditionnelle et des devins, qui ne voient pas d’un bon œil la religion importée par les blancs.

Victoire Rasoamanarivo, la première sainte malgache

En 1835, Ranavalona I expulse tous les missionnaires protestants et fait brûler la Bible, qui vient d’être imprimée en langue malgache. Une dure persécution se déclenche, au cours de laquelle beaucoup des chrétiens trouvent la mort. Parmi ceux-ci une personnalité remarquable, Rasalama: il meurt percé de coups de lance, le 14 août 1837.


Rasoamanarivo voit donc le jour dans ce climat de haine contre la foi. Elle est fille de Rainiandriantsilavo, Officier du palais royal. Sa mère, Rambahinoro, a des liens avec la famille royale. Dès son enfance, Rasoamanarivo participe au palais au culte qu’on rend aux idoles.


Cette situation dure jusqu’à la mort de la reine, le 16 août 1861. Son fils Radama II lui succède sur le trône et ouvre de nouveau les portes du royaume aux missionnaires. Parmi ceux-ci il y a des Jésuites français et les religieuses de saint Joseph de Cluny. Ces dernières ouvrent tout de suite une école à Antananarivo, en 1862. Rasoamanarivo a treize ans et elle sera une des premières élèves. Frappée par l’histoire de Jésus-Christ, elle décide d’abandonner les cultes traditionnels. Selon le témoignage d’une compagne, Rasoamanarivo pleurait à la lecture de la passion de Jésus et disait: « Nous ne savions pas ces choses avant, parce que nous ne connaissions pas Dieu. Nous ferons le serment de ne jamais répéter ces coutumes que nous avions auparavant ».

Elle-même raconte un jour cette expérience: « Une fois, je suis entrée dans une église en mangeant un fruit. Mes yeux se sont fixés sur le tabernacle et je me suis rendue compte qu’en ce moment quelqu’un me regardait. J’ai eu honte et j’ai jeté le fruit. Je me suis agenouillée et j’ai prié. Dès lors sont nés en moi l’amour et le respect pour Jésus dans le tabernacle ».

Après le catéchuménat, elle communiqua à sa mère par ces mots sa décision de recevoir le baptême: « Maman, je ne serai plus comme avant. Je serai fille de Dieu parce que je recevrai le baptême. J’aurai le sceau de l’Esprit Saint. Mon nom sera Victoire. »

Elle reçoit le baptême le 1er novembre 1863, avec 26 autres jeunes, dans l’église de Sainte Marie d’Andohalo. Elle a 15 ans. L’année suivante elle reçoit la première communion et se consacre à la Vierge Marie. Elle manifeste le désir de devenir religieuse, mais les missionnaires, sachant que sa famille s’y opposerait, ne l’encouragent pas dans cette voie. En effet, ses parents l’ont déjà promise en mariage. C’est un coup dur pour elle: « Est-ce cela la volonté de Dieu? », se demande-t-elle.

En mai 1864, à 16 ans, elle est mariée à Radriaka, le fils aîné du Premier ministre des reines successives, Rainilaiarivony. Radriaka est un militaire estimé, mais – on le saura plus tard – adonné à la boisson.

Tout laisse à supposer que le couple donnera vie à une famille heureuse. Malheureusement, Radriaka s’enfonce dans la boisson et dans une conduite immorale. Les amis et les parents de Rasoamanarivo lui conseillent de se séparer de lui. Même avis de la part de la reine et du Premier ministre, honteux de la conduite de son fils.
« Vous ne savez pas que le mariage chrétien ne peut être dissous? Seule la mort nous séparera », répond Victoire.

Sa foi la soutient pendant ces années de calvaire. Elle sait résister aux grandes pressions qu’on fait peser sur elle pour qu’elle l’abandonne. Sa foi profonde se nourrit d’une intense vie de prière. Dans l’église d’Andohalo, elle prie trois heures par jour. Cela lui donne la force de supporter les humiliations que le mari lui inflige.
Malgré l’enfer de la vie quotidienne, jamais une lamentation ne sort de ses lèvres. Elle prie pour son mari et invite ses amies à demander la grâce de sa conversion. Ce jour arrive, lorsque Radriaka, suite à un accident, est transporté à la maison gravement blessé. Avant de mourir, il demande le baptême. Victoire elle-même le lui administre et l’appelle Joseph. C’est le 14 mars 1888.

Veuve à quarante ans, Victoire peut finalement réaliser son rêve. Elle se consacre de toutes ses forces à l’apostolat et aux œuvres de miséricorde. Elle n’a pas d’enfants, mais elle aime ses domestiques comme s’ils étaient ses enfants. Elle visite fréquemment les malades et les prisonniers et soigne avec tendresse les lépreux au point qu’eux-mêmes remarquent: « Tout le monde fuit devant nous. Elle, au contraire, s’approche, nous parle et se soucie de nous ».

Victoire devient la protectrice de l’église dans des moments difficiles. Au cours de la guerre malgache-française (1883-85 et 1894-96), les missionnaires étrangers sont expulsés. Le P. Causseque lui confie la communauté chrétienne: « Tu pourras faire beaucoup de choses, parce que tu es fille du Premier ministre et que tu es pleine de foi ».

Elle répond humblement: « Je ne sais pas faire beaucoup de choses, Père, mais je m’appliquerai de tout mon cœur et de toutes mes forces jusqu’à la fin ».
Après l’expulsion des missionnaires se déchaîne une violente persécution contre les chrétiens. On ferme les églises et les lieux de culte, on exproprie les écoles et les chrétiens sont soumis à toutes sortes de vexations. Victoire les anime. Elle se rend même chez le Premier ministre pour demander l’autorisation de rouvrir les lieux de culte. Le Premier ministre lui répond:
« Il n’y a aucune loi qui interdise aux chrétiens de prier dans leurs églises ».
C’est le triomphe de Victoire. Lorsque les missionnaires reviennent en 1886, ils retrouvent une Église vivante.

Victoire meurt le 21 août 1894. Sa vie a été brève, mais elle a pu donner un exemple extraordinaire de foi et de donation généreuse. Jean-Paul II l’a définie comme « une vraie missionnaire » et « un modèle pour les fidèles laïcs d’aujourd’hui ».
Elle a été déclarée « bienheureuse » le 30 avril 1989 à Antananarivo, par Jean-Paul II. Fête, le 21Août.

(… Lire l’homélie du Pape Jean-Paul II lors de la béatification)